“Faut-il être une pub pour être chauffé dans ce pays ?” : des militants écologistes assiège Bercy.

Réclamant le maintien de l’enveloppe de 12 milliards d’euros voté le 31 octobre 2022 par l’assemblée et bloqué à coup de 49.3 par le gouvernement, Dernière Rénovation s’est rassemblé ce jeudi devant Bercy pour la journée nationale de la “précarité énergétique”.

Mathieu marche vite. Autour de lui, les activistes de Dernière Rénovation tiennent la cadence. Ils avancent en direction de Bercy. Arrivés au niveau du Ministères de l’Économie et des Finances, Mathieu et les militants de Dernière Rénovation traversent, pour se retrouver sur une petite place entre les deux bâtiments.

Contre la façade, d’autres activistes sont déjà en place. Certains, menottés entre eux, tiennent une banderole : “La précarité tue, gouvernement coupable ! ” À leur gauche, attachés à une grille métallique, deux hommes bloquent l’accès au bâtiment, provoquant la réaction de colère d’une femme cherchant à y entrer.

Sur la route, d’autres activistes bloquent le trafic. Répartie en deux groupes, assis en chenille, très resserré, ils posent à même le seul,brandissant des pancartes. Ils revendiquent la nécessité de rénover le parc immobilier français, et la mise en place de moyens financiers pour aider les ménages les plus précaires à réhabiliter leurs « passoires thermiques”. Matthieu les y rejoint, suivi par les activistes qui s’installent par terre, autour de lui est des dix autres militants enchaînés.

“Aujourd’hui, je suis là pour dire […] que la précarité énergétique n’est pas un fait divers”, prévient Gabriel Mazzolini, porte-parole des Amis de la Terre. Il précise ensuite que 12 millions de personnes sont concernés, personnes qui, l’hiver venu, selon lui, doivent choisir entre manger et se chauffer.

“Je n’en peux plus !” Crie-t-il. Arrivé en France en 2007, il dit avoir vécu dans des logements insalubres pendant 10 ans. “Des logements dans lesquels, au bout de quelques mois, on commence à tousser et à se poser des questions. Des logements dans lesquels, au bout de deux semaines de location, on voit apparaître des moisissures sur les murs blancs”. Gabriel Mazzolini ne comprend pas que la question de la précarité énergétique ne soit pas une priorité du gouvernement.

Cette restauration des logements insalubres serait une aubaine pour les artisans ainsi qu’une bonne nouvelle pour les habitants. Les Amis de la Terre demandent, en accord avec la trentaine d’associations écologiques et du bâtiment, un chèque rénovation de 200 euros par famille et jusqu’à 700 euros pour les plus démunis, afin de faciliter les rénovations. Ils appellent aussi le gouvernement à lutter contre les coupures de courant, moins chères pour les entreprises du secteur énergétique – qui n’auront pas à payer l’intervention. Gabriel Mazzolini explique qu’ils réclament aussi l’augmentation d’un milliard d’euros du budget de l’agence nationale de l’habitat.

Sur le long terme, ils souhaitent aussi 5 milliards d’aide supplémentaire par an afin d’atteindre les 700 000 logements réhabilités par an. Cela permettrait de restaurer l’intégralité du parc immobilier français d’ici 2035 et non pas dans 1900 ans, comme les activistes le scandent. “Ce sont nos vies qui sont en jeu ! Et on veut vivre ! C’est aussi simple que ça” conclut Gabriel Mazzolini, avant de brûler sa facture.

“Je m’appelle Lucie, j’ai 23 ans et depuis 3 ans, je vis dans une passoire thermique” commence une activiste de Dernière Rénovation, au micro, au bord des larmes. L’année dernière, après avoir allumé le chauffage, sa facture avait doublé par rapport à l’année passée.

Aujourd’hui, dit-elle, l’étudiante n’en a pas les moyens financiers. “Je dors dans un sac de couchage, avec deux plaids et ma couverture. Est-ce normal ? Non !” poursuit-elle avec force.

Son linge met quatre jours à sécher là où un autre jeune racontait qu’il devait ouvrir les fenêtres, peu importe la température extérieure, pour faire à manger, sous peine d’embuer l’intégralité de son logement.

“Le panneau publicitaire devant ma fenêtre consomme plus que moi. Est-ce normal ? Non !”

Le panneau publicitaire devant ma fenêtre consomme plus que moi. Est-ce normal ? Non !” S’énerve-t-elle. “Faut-il être une pub pour être chauffé dans ce pays ?”. Derrière elle, les militants de Dernière Rénovation applaudissent. “Est-ce normal ?” conclue la jeune femme, avant d’aller, à son tour, brûler sa facture sous les “ non ! ” des militants.

Pendant ce temps, Mathieu déambule, passant d’un militant à un autre, proposant boisson et croissant. Activiste climat dans différentes organisations et salarié de Non-violence 21, il est là pour s’engager pour la validation de ce budget.

“Ce qui se passe est inadmissible” clame-t-il. Le réchauffement existe et il avance aussi que le bâtiment, de façon générale, représente 40 % des gaz à effets de serre en France. Le jeune homme dénonce aussi le “déni de démocratie” qu’est l’usage du 49.3. “C’est pour le climat, mais aussi pour le bien-être des gens, et c’est pour cela que je suis là aujourd’hui », conclut-t-il, sous les “sobriété choisie, et pas subi » scandé par les autres militants.

“Le but de ce genre d’action, c’est vraiment d’avoir une force de nuisance et de blocage, que ce soit de l’économie ou de la société”, précise Colline, alors que la rue de Bercy est désormais fermée à la circulation et que des policiers se regroupent au loin.

“Mais on a tout essayé. On en est plus là.”

Étudiant en droit des personnes étrangers, il s’agissait de sa seconde action avec Dernière Rénovation : elle avait bloqué le périphérique parisien avec neuf autres jeunes femmes le 11 novembre dernier. Grelottante, elle explique qu’elle avait déjà participé à des marches pour le climat, comme tout le monde : “Mais on a tout essayé. On en est plus là.”

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